
Biographie
de l'artiste
Figure centrale du renouveau de la nature morte et de la peinture de genre dans les années 1850, François Bonvin connaît une enfance difficile, qu’il raconte lui-même dans ses carnets. Son père était garde-champêtre à Vaugirard, puis à Montrouge. A l’âge de quatre ans, il perdit sa mère qui fut mal remplacée. Sans fortune, le jeune François apprend le dessin à un cours gratuit de la rue de l’Ecole de Médecine, mais, au bout de deux ans, forcé de gagner sa vie, il devient compositeur d’imprimerie, avant d’entrer comme employé à la préfecture de police. A ses heures de liberté, répondant à une vocation irrésistible, il court les musées, surtout le Louvre, où il étudie les maîtres flamands et hollandais. Il entasse croquis et aquarelles : paysages d’après nature, portraits de son entourage. Le soir, il travaille à l’atelier des Gobelins, puis à l’Académie Suisse. Par ailleurs, il fréquente François-Marius Granet, qu’il considère comme son maître. De 1844 à 1846, Bonvin expose ses dessins et ses aquarelles à l’Institut de France, avant d’être accepté à son premier Salon de Paris en 1847. Il y expose le Portrait de l’historien Augustin Challamel, mais, dès l’année suivante, il se spécialise dans la peinture de genre, qui lui permet de révéler tout son talent. Ses envois de 1849 lui valent une médaille de troisième classe (La Cuisinière, Les Buveurs, Le Piano). L’année suivante, il envoie sa démission à la préfecture de police pour se consacrer à l’exécution d’une commande officielle : L’Ecole des petites orphelines, qui obtient au Salon de 1851 une médaille de deuxième classe et suscite l’admiration de la critique. Son succès, auprès de cette dernière comme du public et des acheteurs, ne sera jamais démenti aux Salons suivants (La Charité (1852), Une Messe basse (1855), La Lettre de recommandation (1859), Le Cabaret, La Fontaine de cuivre (1861), Le Déjeuner de l’apprenti (1863), Le Banc des pauvres (1865), Le Café de la Grand’Maman (1866), L’Ecole des Frères, L’Ecureuse (1873), Le Cochon (1875)). Il participe au Salon officiel jusqu’en 1880. Ami de Courbet, il devient également proche du mouvement réaliste très tôt dans sa carrière et participe au premier Salon des Refusés. Il se lie aux autres artistes, parmi lesquels Manet, Whistler, Bracquemond ou Fantin-Latour. Mais moins violent que ses confrères dans sa façon de peindre, il se sépare du groupe en 1860 et reçoit le soutien officiel du gouvernement sous le Second Empire pour continuer la production de scènes de genre, natures mortes et portraits. Parallèlement à sa carrière de peintre, Bonvin se consacre à l’eau-forte. Il fait plusieurs voyages en Flandres et en Hollande, où il s’inspire des maîtres du 17ème siècle, ainsi qu’à Londres, avant de revenir en France où il s’installe définitivement à Saint-Germain-en-Laye. En 1870, il est décoré de la Légion d’honneur. En mai 1886, étant devenu aveugle et ruiné, ses amis organisent une exposition rétrospective de son œuvre, puis une vente à son bénéfice en 1887. Bonvin peut être considéré comme l’un des meilleurs peintres de genre et de nature morte du 19ème siècle. Il fut baptisé le « nouveau Chardin », dont il possède la simplicité de composition, le don d’observation délicate et la sincérité des couleurs. Un des charmes de ses toiles vient de la grande variété des effets de lumière, tantôt très vive, tantôt discrète et estompée. Ses natures mortes, qui sont d’une sobriété et d’une mise en page magistrales, font parfois penser à Baugin. En effet, bien qu’ouvert à l’influence de Courbet et attentif au visage de son temps, Bonvin se sentait surtout attiré par les anciens maîtres réalistes qu’il avait étudié. Son art fut tellement associé à celui des grands peintres flamands et hollandais qu’on donna à son atelier le nom d’ « atelier flamand ». Il s’inspirait des thèmes, des compositions, des objets et des effets d’éclairage de ses artistes favoris (Teniers, De Hooch, Le Nain, Velasquez, etc.). D’autre part, les critiques contemporaines et les collectionneurs le considéraient comme un maître ayant su redonner vie au genre de la nature morte en le développant, annonçant dans une certaine mesure l’ambiance détachée et détendue des intérieurs naturalistes tels ceux de Degas et de Manet.
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