![]() | « La Danse »Dessin et aquarelle / signé en bas à droite. 24 x 31 cm Prix : Contacter la galerie +33 (0)1 42 61 42 10 | info@galeriearyjan.com |
« Mes moyens naturels sont la terre et le crayon ». J'ai dessiné toute ma vie, j'ai commencé toute ma vie en dessinant; je n'ai jamais cessé de dessiner ». Auguste Rodin.
Auguste Rodin est né à Paris en 1840, dans une famille relativement modeste. Peu brillant scolairement à cause d'une forte myopie, il quitte le collège à l'âge de 14 ans pour entrer à l'École spéciale de dessin et de mathématiques, (maintenant l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs), où il suit les cours de peinture d'Horace Lecocq, et surtout d'Antoine de Boisbaudran, un professeur qui enseigne à ses élèves à utiliser la vue et la mémoire visuelle. Il y rencontre les futurs artistes Whistler, Fantin-Latour et Alphonse Legros et prend quelques cours de modelage avec Jean-Baptiste Carpeaux.
Il commence à dessiner très jeune, bien avant de devenir le sculpteur renommé que l'on connait.
En 1855, il découvre la sculpture avec avec Antoine Louis Barye puis avec Carrier-Belleuse. En 1857, il présente le Concours des Beaux Arts. Il est immédiatement admis dans la section dessin, mais devra repasser trois fois la sculpture avant d'être reçu.
Toute sa vie Rodin dessine. Pour lui, il ne s'agit pas de reproduire fidèlement un corps, un visage , une main, mais de traduire le mouvement, l'attitude, le geste, sans se perdre dans le détail.
Cette place naturelle qu'occupera le dessin dans son oeuvre se traduit par une collection impressionnante, d'environ 9 000 dessins, résultats d'une recherche passionnée de l'artiste pour la forme juste, exacte et vibrante.
La chronologie de ses oeuvres est estimée par les experts car il ne date jamais ses dessins. On peut distinguer plusieurs phases en se basant sur l' évolution technique et esthétique de l'artiste.
Dans les années 1880, ses premières oeuvres graphiques correspondent à la préparation de sa magistrale « Porte de l'Enfer ». Ce sont des dessins de petit format, fortement contrastés, noirs et blancs, des dessins d'imagination, « les dessins noirs » comme les qualifiera le sculpteur Bourdelle. Des centaines de dessins tourmentés, passionnels, de figures exécutées au lavis d'encre de chine ponctué de gouache,
Ce sont ces mêmes « dessins noirs » qu'on retrouve plus tard, illustrant l'édition originale des Fleurs du Mal de Baudelaire chez Gallimard,(1887-1888), puis Le jardin des Supplices d'Octave Mirbeau/(1899-1902).
A partir des années 1890, ils sont remplacés par dessins de Nus féminins, Le trait ondule, dans des courbes aux tonalités subtiles de lavis et d'aquarelle ou de gouache. Ils sont peints d'après modèles, de nombreuses femmes posant alors pour Rodin, dans des attitudes osées, voire acrobatiques, souvent d'un érotisme extrême. Rodin exprime là sa fascination pour le corps féminin, dans des magnifiques teintes de roses, de mauves et de bruns qui dépassent le trait, des dessins inspirés par les estampes japonaises et d'une grande sensualité. Le lavis d'aquarelle couvre toute la surface de la feuille, occulte le dessin, comme dans les oeuvres qu'il présente en Hollande en 1899, pour sa première exposition monographique.
A partir de 1900, Rodin, âgé de 60 ans ne sculpte plus. Il consacre plus de temps au dessin et à l'aquarelle. Il enrichit sa palette de couleurs, (vert, bleu, rouge) et son style se métamorphose une nouvelle fois. Le corps flotte sur la feuille seul, sans support technique, dans un style épuré, se rapprochant de plus en plus des estampes japonaises. On dirait presque que Rodin dessine sans regarder sa feuille, en mouvement, d'un geste libre qui expérimente les formes et l'espace, un style qu'on retrouve dans le bas-relief d'Eros qu'il expose au Pavillon de l'Alma en marge de l'Exposition Universelle de 1900.
En 1907, un scandale explose quand le critique d'art Félix Fénéon, alors directeur artistique chez Bernheim-Jeune décide d'exposer une nouvelle série de dessins érotiques, la Série Psyché. Rodin verra son travail accusé d'être d'«une impudeur à faire rougir un singe »,
Il décide alors de ne plus montrer ses dessins. Plus tard,lors de la donation de son oeuvre graphique à l'État, de son vivant en 1916, il fait écrire « musées secrets » ou « collection privée » sur les cartons.
A la fin de sa vie, il abandonne la couleur, revenant au « dessins gris », des dessins au simple crayon, qui sont des oeuvres en soi tout en ne se séparant pas de la sculpture.
Entre-temps et tout au long de sa vie, Rodin a expérimenté, du croquis rapide d'un modèle en mouvement au dessin d'après nature et posé. Il a utilisé toutes les techniques, la mine de plomb, la plume et l'encre, l'aquarelle, la gouache. Si l'apparition de la couleur est tardive dans ses dessins érotiques aux couleurs chaudes et pleines de gaieté, il s'avère fréquemment un adepte de la bichromie et n'utilise/jamais plus de trois couleurs.
Changeant parfois de thèmes, de technique et d'esthétique, toute sa vie Auguste Rodin a continué de dessiner, et son oeuvre graphique d'une richesse extrême, est essentielle pour comprendre cet artiste, pour qui le dessin a toujours tant compté.