Fils du célèbre aliéniste Émile-Antoine Blanche, directeur d’une maison de santé réputée à Passy, Jacques-Émile Blanche grandit dans un environnement privilégié où se croisent artistes, écrivains et musiciens. Cette immersion précoce dans les milieux intellectuels parisiens façonne durablement sa sensibilité. À partir de 1874, Stéphane Mallarmé devient son professeur d’anglais, tandis qu’Edmond Maître, son précepteur, l’introduit auprès de Manet et de Fantin-Latour et l’encourage à collectionner Monet et Cézanne. Élève au lycée Condorcet, où il se lie d’amitié avec Henri Bergson et André Gide, excellent pianiste, il hésite un temps entre la musique, la littérature et la peinture. La venue de Pierre-Auguste Renoir, chargé de décorer la salle à manger de la maison familiale de Dieppe, joue un rôle décisif dans son choix définitif pour la peinture.
Formé à l’académie de Ferdinand Humbert puis dans l’atelier d’Henri Gervex — tout en conservant une large part d’autodidaxie — Blanche essuie un premier refus au Salon des Artistes Français en 1881 avec le portrait de sa mère, avant d’y être admis l’année suivante. Soutenu à ses débuts par Fantin-Latour et Manet, protégé par le comte Robert de Montesquiou, il s’impose rapidement comme l’un des portraitistes les plus recherchés du Tout-Paris, puis d’une société internationale.
Habitué des salons de Geneviève Bizet, devenue Madame Straus, et de la comtesse Potocka, il puise dans cette vie mondaine la matière d’une œuvre considérable — près de 1 500 portraits réalisés de la Belle Époque aux Années folles. Il fixe les traits des grandes figures de son temps : Marcel Proust, Pierre Louÿs, Auguste Rodin, Fritz Thaulow et ses enfants, Aubrey Beardsley, Yvette Guilbert, James Joyce ou encore Igor Stravinsky. Parmi ses chefs-d’œuvre figurent également les portraits de son père et de plusieurs de ses proches. Son style vivant et raffiné, marqué par l’élégance des Salons parisiens, allie une représentation brillante, parfois volontairement superficielle, du monde mondain à une attention psychologique subtile.
Ses nombreux séjours en Angleterre, où il découvre Thomas Gainsborough et fréquente John Singer Sargent, affinent encore son sens de l’élégance sobre et son approche analytique du modèle. Médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900, chef d’atelier à l’Académie de la Palette au début des années 1900, il bénéficie d’importantes expositions personnelles, notamment à la Biennale de Venise en 1912 et à la galerie Bernheim-Jeune en 1914. En 1935, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts.
Marié en 1895 à son amie d’enfance Rose Lemoinne, sa fidèle confidente, Blanche traverse les générations artistiques et demeure attentif aux avant-gardes, se liant avec certains dadaïstes et surréalistes tels que Jacques Rigaut, René Crevel ou Jean Cocteau, dont la mère était proche de sa famille. Parallèlement à sa carrière de peintre, il mène une importante activité d’écrivain et de critique d’art, publiant souvenirs, essais et chroniques. Cette double vocation fait de lui un témoin privilégié de la vie artistique de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres, profondément inscrit dans les réseaux culturels européens.