Né à Lagny-sur-Marne en 1866, Auburtin se forme à l’École des beaux-arts de Paris, où il est l’élève de Jean-Paul Laurens. Très tôt, il se détourne de la peinture d’histoire académique pour explorer une voie plus introspective, nourrie par la poésie, la musique et la pensée symboliste. Comme nombre de ses contemporains, il est sensible à l’influence de Puvis de Chavannes, dont il retient la simplification formelle, la monumentalité silencieuse et la dimension morale de l’image.
Auburtin expose régulièrement au Salon de la Société nationale des beaux-arts à partir des années 1890, où son œuvre est remarquée pour son caractère résolument moderne, tout en demeurant fidèle à une haute exigence de composition. Il participe également aux grands débats esthétiques de son temps, en particulier autour de la synthèse des arts. À ce titre, il se rapproche du mouvement décoratif et collabore avec des architectes, dans un esprit proche de celui des Nabis, sans toutefois adhérer pleinement à leur vocabulaire formel.
Son œuvre peinte se concentre principalement sur le paysage, qu’il aborde comme un espace de résonance intérieure plutôt que comme une simple transcription du réel. Les côtes bretonnes, les rivages méditerranéens et les paysages boisés deviennent sous son pinceau des lieux intemporels, baignés d’une lumière souvent crépusculaire. La nature y est silencieuse, presque suspendue, dépouillée de toute anecdote. Les figures humaines, lorsqu’elles apparaissent, sont stylisées, hiératiques, intégrées au rythme général de la composition.
Auburtin accorde une importance primordiale à la ligne et à la structure décorative de la surface. Sa palette, volontairement restreinte, privilégie les harmonies sourdes et les accords subtils, dans un esprit proche de la musique wagnérienne qu’il admire profondément. Cette dimension musicale de son art est essentielle pour comprendre son esthétique : la peinture, selon Auburtin, doit émouvoir par la justesse de ses correspondances internes plus que par la virtuosité descriptive.
Parallèlement à son activité de peintre, Jean-François Auburtin est également un théoricien engagé. Il publie plusieurs textes dans lesquels il défend une conception exigeante et spiritualisée de l’art, hostile au naturalisme et au matérialisme qu’il juge appauvrissants. Ces écrits, aujourd’hui encore cités par les historiens de l’art, témoignent de son rôle intellectuel dans le renouveau esthétique de la fin du XIXᵉ siècle.
Reconnu de son vivant, Auburtin reçoit plusieurs commandes publiques et décoratives, notamment pour des édifices officiels et des demeures privées. Après sa mort en 1930, son œuvre connaît une relative éclipse avant d’être redécouverte au cours du XXᵉ siècle par les historiens du symbolisme et de l’art décoratif français.
Aujourd’hui, Jean-François Auburtin apparaît comme une figure essentielle pour comprendre les voies alternatives de la modernité picturale française, entre tradition classique, symbolisme et quête d’un art spirituel, à la fois décoratif et profondément méditatif.