Réalisée en 1959, La reine au collier appartient à l'une des périodes les plus accomplies de Marc Chagall. Installé dans le Midi de la France depuis la fin des années 1940, l'artiste développe alors un langage d'une remarquable liberté, où les souvenirs de son enfance, les thèmes bibliques et les symboles de l'amour s'entrelacent dans des compositions baignées d'une lumière nouvelle. À cette époque, Chagall jouit d'une reconnaissance internationale et mène de front peinture, gravure, céramique et grands projets monumentaux, affirmant une vision artistique pleinement aboutie.
La figure féminine constitue le véritable centre de la composition. Nue, simplement parée d'un délicat collier doré, elle apparaît moins comme un portrait que comme une incarnation idéale de la féminité. Son visage rappelle les héroïnes qui peuplent l'œuvre de Chagall depuis les années 1910. Si ces figures trouvent souvent leur origine dans le souvenir de Bella Rosenfeld, épouse et muse de l'artiste, elles acquièrent progressivement une portée plus universelle, devenant les symboles de l'amour, de la fidélité et de la beauté intemporelle.
Autour d'elle gravitent plusieurs des motifs les plus emblématiques du répertoire chagallien. Le coq, associé à la vitalité, au renouveau et aux traditions populaires, dialogue avec l'arbre aux feuillages d'un bleu intense, tandis que les maisons évoquent Vitebsk, cette ville natale qui demeure, tout au long de sa vie, un territoire de mémoire autant qu'un paysage intérieur. Dominant la scène, un vaste disque rouge accueille un visage flottant, dont la présence mystérieuse ouvre la composition à une dimension cosmique. Soleil, lune ou apparition, cette image ne cherche pas une signification unique ; elle participe à cette écriture poétique où chaque symbole conserve une part d'ambiguïté et de rêve.
La palette illustre pleinement les recherches chromatiques de Chagall à la fin des années 1950. Les bleus profonds, les rouges lumineux et les noirs veloutés s'équilibrent avec une grande spontanéité, tandis que les réserves du papier jouent un rôle essentiel dans la respiration de la composition. Le dessin, à la fois libre et précis, laisse les formes se construire avec une apparente simplicité qui masque une parfaite maîtrise de l'espace.
Dans La reine au collier, Chagall ne cherche pas à représenter le monde visible mais à donner forme à un univers intérieur où les souvenirs, les émotions et les symboles s'associent librement. Cette œuvre offre ainsi une remarquable synthèse de son art à maturité : un langage pictural où la couleur, la mémoire et la poésie se rejoignent pour créer une image d'une profonde portée universelle.
Galerie David et Garnier, Paris (acquis directement auprès de l'artiste)
van Diemen-Lilienfeld, New York (acquis auprès du précédent)
Parke-Bernet, New York, 8 avril 1964, lot 38 (mis en vente par le précédent)
Collection particulière, New York (acquis lors de la vente précédente)
Puis par descendance en collection particulière
L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par le Comité Chagall