Peintre, graveur, illustrateur et décorateur belge, Maurice Langaskens est l'une des figures les plus sensibles de l'art belge du premier XXe siècle. Son œuvre, profondément marquée par le symbolisme finissant, l'Art nouveau et l'expérience traumatique de la Première Guerre mondiale, se distingue par un dessin d'une grande finesse et une poésie empreinte de spiritualité.
Après une première formation à Paris, où sa famille s'était installée durant son enfance, Langaskens poursuit ses études à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Il y reçoit l'enseignement de Constant Montald, dont il retient le goût pour les compositions décoratives monumentales, ainsi que celui d'Herman Richir, reconnu pour la qualité de son dessin. Très tôt remarqué pour ses talents de dessinateur, il expose dès 1907 au Salon de Bruxelles puis participe régulièrement aux expositions de l'association Pour l'Art, du Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles ainsi qu'à plusieurs manifestations internationales.
Ses premières œuvres s'inscrivent dans le prolongement du Symbolisme belge et de l'Art nouveau. Elles privilégient les figures allégoriques, les scènes empreintes de mystère et les compositions décoratives où la ligne joue un rôle essentiel. Influencé par les grands décorateurs de son époque, Langaskens développe un langage élégant, caractérisé par une palette subtile et un dessin particulièrement raffiné.
La Première Guerre mondiale constitue un tournant décisif dans sa carrière. Mobilisé dès 1914, il est fait prisonnier par l'armée allemande et interné au camp de Göttingen jusqu'en 1918. Malgré des conditions de captivité extrêmement difficiles, il réalise clandestinement de nombreux dessins et aquarelles qui témoignent avec une rare humanité du quotidien des prisonniers. Réunis après la guerre dans l'album Au seuil du camp (1919), ces témoignages comptent aujourd'hui parmi les documents artistiques les plus émouvants consacrés à la captivité durant le conflit. Son œuvre In Memoriam – Burial of a Prisoner of War at the Göttingen Camp demeure l'une des images les plus marquantes de cette période.
Après 1918, Maurice Langaskens reprend une activité particulièrement féconde. Il réalise des peintures décoratives, des paysages, des scènes rurales, des compositions inspirées des légendes flamandes ainsi qu'un important corpus gravé. Excellent aquafortiste et lithographe, il devient l'un des membres actifs du comité de La Gravure originale belge, qui joue un rôle essentiel dans le renouveau de l'estampe en Belgique durant l'entre-deux-guerres. Il illustre également plusieurs ouvrages littéraires, notamment La Légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster ainsi que plusieurs romans de Maxence Van der Meersch, où son sens narratif trouve un terrain d'expression privilégié.
Tout au long de sa carrière, Langaskens demeure fidèle à un art profondément humaniste. Qu'il représente le monde rural, les métiers traditionnels, les sujets religieux ou les souvenirs de guerre, ses œuvres se distinguent par une grande qualité graphique et une atmosphère contemplative qui prolongent l'héritage du Symbolisme belge tout en annonçant une sensibilité plus intimiste.
Aujourd'hui, ses œuvres sont conservées dans plusieurs collections publiques belges, notamment aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, ainsi que dans les collections patrimoniales de la commune de Schaerbeek, qui possède un important ensemble de peintures, dessins, affiches et estampes. Son travail consacré à la Première Guerre mondiale est également représenté au Flanders Fields Museum d'Ypres, qui lui a consacré une importante rétrospective en 2003.