Philip Alexius de László fut l’un des portraitistes les plus célèbres de son temps, dont l’œuvre constitue aujourd’hui une véritable galerie des élites politiques, aristocratiques et intellectuelles de l’Europe du tournant du XXᵉ siècle.
Né à Pest dans une modeste famille juive — son père étant tailleur — il est l’aîné de sept enfants. Très tôt animé par l’ambition de devenir artiste, il manifeste une détermination remarquable et entreprend d’abord une formation pratique comme décorateur et peintre sur porcelaine et faïence. En 1884, il entre dans l’atelier du photographe portraitiste Sándor Strelisky, expérience qui lui permet de contribuer aux besoins de sa famille, son père ayant quitté le foyer. Parallèlement, il suit des cours à l’École des arts appliqués de Budapest la même année, puis à l’École de dessin en 1886, où il obtient sa première bourse d’État.
Grâce à cette distinction, il est admis à seulement seize ans à l’Académie des beaux-arts de Budapest, où il étudie entre 1885 et 1889 sous la direction de Bertalan Székely et Károly Lotz. Il poursuit ensuite sa formation à l’Académie royale des beaux-arts de Munich (1889–1890 et 1891–1892), dans l’atelier de Sándor von Liezen-Mayer, séjour entrecoupé d’une année à l’Académie Julian à Paris (1890–1891), où il travaille auprès de Jules Lefebvre et de Benjamin Constant. En 1891, dans un geste de patriotisme partagé par nombre de ses contemporains hongrois au sein de l’Empire austro-hongrois, il adopte avec son frère Marczi le nom magyarisé de László.
Durant ses années de formation, l’artiste s’essaie à la peinture d’histoire et de genre, mais c’est dans l’art du portrait qu’il révèle rapidement ses qualités exceptionnelles. Ses premières commandes apparaissent dès 1889, notamment celle du Dr Pál Galambos, avocat influent de la région d’Ó-Becse. Sa première commande royale survient en 1894 lorsqu’il est sollicité, grâce à l’entremise de son ami Alexius de Lippich, pour peindre la famille royale de Bulgarie. Ce succès ouvre la voie à une série de prestigieuses commandes : le portrait de l’empereur François-Joseph en 1899, puis celui du général Sir George White, commandé par la reine Victoria en 1900.
Cette même année marque un tournant décisif dans sa carrière. Après avoir peint plusieurs membres de la famille impériale allemande, László se rend à Rome pour réaliser le portrait du pape Léon XIII. L’œuvre, largement saluée, lui vaut la Grande Médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris de 1900 et contribue à établir sa renommée internationale. Il peut alors épouser Lucy Guinness, rencontrée huit ans plus tôt durant ses études à Munich. Le couple aura cinq fils : Henry, Stephen, Paul, Patrick et John.
Après avoir vécu dans la maison-atelier que l’artiste s’était fait construire à Budapest, les époux s’installent à Vienne en 1903, puis en Angleterre à partir de 1907. Installé à Londres, László consolide rapidement sa réputation internationale. En 1909, le roi Édouard VII le nomme membre du Royal Victorian Order, et il obtient la nationalité britannique en 1913. L’année précédente, l’empereur François-Joseph l’avait anobli sous le titre de Philip Alexius de László de Lombos.
Au cours des premières décennies du XXᵉ siècle, le peintre devient l’un des portraitistes les plus recherchés d’Europe, immortalisant souverains, chefs d’État, aristocrates, diplomates et grandes figures de la société de son temps. En France, il compte parmi ses soutiens le comte et la comtesse de Castellane ainsi qu’Armand de Gramont. Héritier de la grande tradition du portrait d’apparat, il en renouvelle l’éclat par une virtuosité technique remarquable et une modernité mesurée, conciliant la rigueur académique et une sensibilité picturale plus libre.
À sa mort en 1937, sa renommée demeure exceptionnelle : il était titulaire de vingt-deux ordres et de dix-sept médailles du mérite décernés par des souverains et des présidents. Son mécène Lord Selborne résumait ainsi l’ampleur de sa carrière : « Un seul peintre a-t-il jamais peint autant de personnages intéressants et historiques ? »