Aucune oeuvre ne correspond
Né à Saint-Lô le 29 octobre 1856, Fernand Le Gout-Gérard appartient à cette génération d’artistes qui, à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, ont su renouveler la peinture de genre en l’adossant à une observation aiguë du réel. Peintre, aquarelliste et aquafortiste, il meurt à Paris en 1924 (les sources oscillent entre le 11 et le 14 août).
Son itinéraire frappe d’abord par sa bifurcation tardive. Formé au collège de Saint-Lô, il mène une carrière dans l’administration financière (percepteur, puis fondé de pouvoir de la Trésorerie générale de la Manche) avant de décider, à 33 ans, d’abandonner la sécurité d’un emploi d’État pour se consacrer entièrement à la peinture. Ce choix n’est pas celui d’un dilettante : dès la fin des années 1880, il s’inscrit dans les circuits officiels et expose au Salon des Artistes Français à partir de 1889, attestant une ambition professionnelle structurée et une insertion rapide dans le paysage artistique contemporain.
Vers 1890, Legout-Gérard découvre Concarneau, point d’ancrage décisif de son imaginaire. La Bretagne n’est pas, pour lui, un simple décor pittoresque : elle devient un théâtre humain, un laboratoire de formes et de rythmes où se croisent marchés, ports, retours de pêche, processions de silhouettes. En 1903, il s’y installe durablement, dans la villa Ty Ker Moor, bientôt décrite comme un lieu de rencontres et d’émulation pour les « peintres de Concarneau ». Cette centralité concarnoise lui vaut d’être qualifié — déjà par la tradition critique locale — de « peintre par excellence des marchés et des ports de la Bretagne ».
L’artiste ne se contente pas d’une présence : il obtient une reconnaissance institutionnelle significative. Membre de la Société nationale des beaux-arts et de la Pastel Society de Londres, il est nommé peintre officiel de la Marine le 27 septembre 1900, titre qui consacre l’accord entre son regard et le monde maritime, saisi non comme un héroïsme abstrait mais comme un quotidien de travail, d’attente et d’échanges. Sa pratique de l’eau-forte en couleurs, imprimée notamment chez Eugène Delâtre, prolonge cette attention aux atmosphères : l’estampe lui offre des équivalents de brume salée, de vibrations portuaires et de clartés changeantes — une autre façon, plus synthétique, de fixer la vie littorale.
Son style, volontiers décrit comme celui d’un « peintre des silhouettes », repose sur l’art de capter le mouvement collectif : femmes en coiffe, enfants, marins, étals, files et attroupements — autant de motifs où la narration naît du simple agencement des corps. À cette dimension plastique s’ajoute un engagement civique à Concarneau, que la mémoire locale retient (Fête des Filets Bleus, défense des remparts de la Ville-Close).
Enfin, la postérité critique et muséale de Legout-Gérard s’est structurée au moins depuis la grande rétrospective du Musée du Faouët (12 juin – 3 octobre 2010), accompagnée d’un catalogue monographique référencé à la BnF — signe qu’au-delà de l’attrait du pittoresque, son œuvre mérite d’être relue comme un témoignage sensible sur la sociabilité maritime et rurale de la Bretagne au tournant du siècle.