Né à Paris en 1858 dans un milieu modeste, Maximilien Luce grandit dans un environnement marqué par les bouleversements politiques et sociaux de la fin du XIXᵉ siècle. Témoin adolescent de la Commune de Paris, il est très tôt sensibilisé aux questions sociales, un engagement qui marquera durablement sa vie et son œuvre. Dès l’âge de treize ans, il s’initie au dessin à l’École des Arts décoratifs, avant d’entreprendre en 1872 un apprentissage dans l’atelier de gravure sur bois d’Henri Théophile Hildibrand. Il poursuit parallèlement sa formation aux cours de dessin destinés aux ouvriers des Gobelins que dispense le peintre Diogène Maillart.
En 1876, Luce devient ouvrier graveur dans l’atelier d’Eugène Froment, qui réalise notamment des illustrations pour L’Illustration. Il séjourne brièvement à Londres avec ce dernier avant de revenir en France pour effectuer son service militaire en 1879. Grâce au soutien du peintre Carolus-Duran, il obtient un statut lui permettant de continuer à pratiquer son art pendant cette période. Par la suite, il complète sa formation à l’Académie Suisse, puis dans l’atelier de Carolus-Duran, où il se familiarise avec la peinture. Refusé au Salon de 1875, il choisit très tôt de s’éloigner des institutions officielles en participant à l’Exposition libre des œuvres refusées, affirmant ainsi une indépendance d’esprit qui restera une constante de sa carrière.
Au cours des années 1880, Luce découvre les recherches des artistes néo-impressionnistes et se lie d’amitié avec Camille Pissarro, Georges Seurat et Paul Signac. Ces rencontres sont déterminantes : séduit par la rigueur scientifique du divisionnisme et par les effets lumineux obtenus par la juxtaposition de touches colorées, il adopte la technique pointilliste tout en la développant selon sa propre sensibilité.
Introduit à la Société des Artistes Indépendants par ses amis Léo Gausson et Émile Cavallo-Péduzzi, ainsi que par le peintre Auguste Lançon auprès duquel il parfait sa formation entre 1884 et 1885, il participe activement aux expositions du groupe. En 1887, il y présente plusieurs toiles qui attirent l’attention du critique Félix Fénéon ainsi que de Pissarro et Signac. Une profonde amitié naît alors entre Luce et Signac, qui acquiert immédiatement certaines de ses œuvres.
Dès la fin des années 1880, Maximilien Luce s’impose comme l’un des représentants majeurs du néo-impressionnisme. En 1888, il bénéficie d’une première exposition personnelle à la Revue Indépendante, puis expose l’année suivante au Salon des XX à Bruxelles, où son travail est particulièrement remarqué. Après la disparition prématurée de Georges Seurat en 1891, Luce devient, aux côtés de Signac et Pissarro, l’une des figures centrales du mouvement.
L’œuvre de Luce se distingue par la diversité de ses sujets et par l’attention constante qu’il porte à la modernité de son époque. Il est particulièrement reconnu pour ses représentations de la ville industrielle et du monde ouvrier. Les rues de Paris, les quais de Seine, les usines et les chantiers deviennent des motifs privilégiés dans lesquels il capture l’énergie de la vie moderne. Les hauts-fourneaux, les cheminées et les ouvriers au travail traduisent à la fois la dureté de la condition ouvrière et la puissance visuelle des paysages industriels. Les marchés populaires et les scènes de la vie quotidienne parisienne témoignent également de son intérêt pour les réalités sociales de son temps. Parallèlement à ces vues urbaines, il séjourne régulièrement en Normandie et en Bretagne, où il peint des paysages marins et ruraux, attentif aux variations de la lumière et aux effets atmosphériques.
Militant libertaire convaincu, Luce met aussi son talent au service de ses convictions politiques. Il réalise de nombreuses illustrations pour des journaux anarchistes tels que Le Père Peinard ou La Révolte, ainsi que des affiches destinées à soutenir différentes causes sociales. En 1894, lors du célèbre « Procès des Trente » visant plusieurs militants anarchistes, il est arrêté puis brièvement emprisonné. À la suite de cette affaire, il séjourne quelque temps en Belgique, où il contribue à diffuser les principes du divisionnisme et découvre les paysages sidérurgiques et industriels qui marqueront profondément son œuvre.
À partir des années 1910, Luce s’éloigne progressivement du divisionnisme strict pour adopter une touche plus libre et une palette plus souple, tout en conservant l’héritage de la recherche néo-impressionniste sur la lumière et la couleur. Il se tourne davantage vers les paysages ruraux, les bords de Seine et les scènes de la Première Guerre mondiale, développant un style plus personnel.
Très attaché à la Société des Artistes Indépendants, dont il partage l’idéal d’expositions « sans jury ni récompenses », Luce en devient vice-président en 1909 aux côtés de Paul Signac, avant d’en être élu président en 1934. Fidèle à ses convictions humanistes, il démissionne cependant de ce poste en 1940 pour protester contre les mesures discriminatoires interdisant aux artistes juifs d’exposer.
Maximilien Luce s’éteint en 1941 à Rolleboise. Aujourd’hui reconnu comme l’un des grands peintres français de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, il laisse une œuvre riche et profondément originale, qui témoigne à la fois de son engagement politique et de sa quête constante de lumière et de modernité.