Aucune oeuvre ne correspond
Figure majeure du surréalisme, il a su élaborer une œuvre d’une cohérence intellectuelle remarquable, fondée sur une interrogation méthodique des rapports entre l’image, le langage et la réalité.
Né le 21 novembre 1898 à Lessines, en Belgique, Magritte passe son enfance à Châtelet. La mort tragique de sa mère en 1912, retrouvée noyée dans la Sambre, a souvent été évoquée pour éclairer certains motifs de son œuvre — notamment les visages voilés — bien que l’artiste lui-même ait toujours récusé les interprétations biographiques simplistes. Il entre en 1916 à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, où il reçoit une formation académique qu’il juge rapidement insatisfaisante. Ses premières œuvres témoignent d’influences successives : impressionnisme tardif, futurisme, puis cubisme et purisme, dans le sillage de Metzinger et de Léger.
La révélation décisive survient en 1922 lorsqu’il découvre La Chanson d’amour (1914) de Giorgio de Chirico. Cette rencontre esthétique le convainc de la puissance poétique de l’image énigmatique et du rapprochement inattendu d’objets ordinaires. Dès lors, Magritte développe un vocabulaire plastique fondé sur la représentation minutieuse d’éléments familiers — pipe, chapeau melon, rideau, ciel nuageux, rocher, fenêtre — combinés selon une logique de déplacement et de contradiction.
En 1926, il peint Le Jockey perdu, considéré comme sa première œuvre pleinement surréaliste. L’année suivante, il tient sa première exposition personnelle à la galerie Le Centaure à Bruxelles. L’accueil critique est réservé, voire hostile, ce qui le conduit à s’installer à Paris en 1927. Il y fréquente André Breton, Paul Éluard, Louis Aragon et le cercle surréaliste. C’est durant cette période qu’il réalise certaines de ses œuvres les plus décisives, parmi lesquelles La Trahison des images (1929), célèbre pour l’inscription « Ceci n’est pas une pipe ». Par cette assertion paradoxale, Magritte affirme que l’image d’une pipe n’est pas la pipe elle-même, mais sa représentation, posant ainsi les bases d’une réflexion conceptuelle sur le statut de l’image qui exercera une influence considérable sur l’art d’après-guerre.
De retour à Bruxelles en 1930, Magritte adopte un mode de vie volontairement discret, en contraste avec l’aura subversive de son œuvre. Il développe une peinture d’apparence lisse, presque impersonnelle, qu’il qualifie lui-même de « peinture de plein air de la pensée ». Des tableaux tels que La Condition humaine (1933), Le Modèle rouge (1935) ou L’Empire des lumières (à partir de 1949) déclinent les thèmes de la mise en abyme, de la métamorphose et de la coexistence des contraires. L’Empire des lumières, notamment, associe un paysage nocturne plongé dans l’obscurité à un ciel diurne lumineux, produisant une image d’une troublante évidence visuelle.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Magritte traverse une brève « période Renoir » (1943–1947), caractérisée par une palette plus chaude et une touche plus libre, qu’il conçoit comme une réponse optimiste aux temps troublés. Cette phase est suivie d’une « période vache » en 1948, aux accents volontairement provocateurs et expressionnistes, avant un retour à son style plus maîtrisé.
À partir des années 1950, la reconnaissance internationale s’affirme. Il participe à la Biennale de Venise (1954) et bénéficie d’une importante rétrospective au Museum of Modern Art de New York en 1965. René Magritte meurt le 15 août 1967 à Bruxelles.
Son œuvre, profondément ancrée dans une réflexion philosophique sur la représentation, anticipe nombre des problématiques de l’art conceptuel. Par la rigueur de sa méthode et la clarté trompeuse de ses images, Magritte a su démontrer que le mystère ne réside pas dans l’étrange, mais dans le réel lui-même — dès lors que l’on accepte d’en déplacer les évidences.