Victor Rousseau 

Victor Rousseau 

Biographie de Victor Rousseau  ( 1865-1954 )

Victor Rousseau, né à Feluy en décembre 1865 est l’aîné des cinq enfants nés de Émile Rousseau, tailleur de pierre de son métier et de Philomène Duquesnes. Vers 1870, la famille quitte cette région de carrières pour s’établir à Bruxelles où Émile trouve du travail. Cinq ans plus tard, Victor Rousseau retrouve la vie à Féluy où il s’épanouit sous l’éducation de ses grands-parents maternels. Auprès de l’un de ses oncles qui éveille sa sensibilité, il commence à tailler la pierre.

De retour à Bruxelles en 1876, le jeune garçon rejoint son père et son oncle Alexandre Duquesnes sur le chantier du Palais de Justice alors en construction. Il passera les sept années suivantes à tailler et à sculpter sur les échafaudages du Palais de justice. Ainsi, comme Rude et Rodin, il débuta comme ouvrier sculpteur.

Dans le Tome VI de l’Art Flamand consacré aux « Artistes Contemporains » l’artiste raconte : « Dès ma tendre jeunesse, je fus mis à l’étude de la profession de mon père. Ce n’est que vers l’âge de quinze ans que je commençai à suivre les cours du soir à l’académie de Bruxelles, puis de l’école de dessin de Saint-Josse-ten-Noode afin d’apprendre la sculpture ornementale, car, le jour, je sculptai la pierre et le marbre jusque vers ma dix-neuvième année, époque à laquelle, remarqué par le sculpteur-ornemaniste, J. Houtstont, j’entrai dans ses ateliers de modelage pour ne les quitter qu’en 1890. 

Néanmoins, dans mes moments perdus, à partir de 1887, je m’étais adonné à l’étude de la statuaire ; c’est ainsi que je fus élève de Van der Stappen à l’académie de Bruxelles, en 1888-1889, et lauréat de son cours cette première année ; et je puis dire que c’est la seule classe pour l’étude de la figure que j’ai fréquentée. Mais, pendant trois années consécutives, j’assistai au cours de dissection à l’université et dessinai beaucoup. »

Ces années à Bruxelles sont aussi l’occasion « d’éveiller son âme » auprès de son oncle Alexandre qui lui fait découvrir le théâtre et aimer la musique. Son ami Léon Léonard l’initie à la culture, à l’histoire et aux sciences, disciplines auxquelles il n’avait pas eu accès, ayant quitté l’école très tôt. Les thèmes de la musique et de la danse se retrouveront plus tard dans son œuvre.

En 1889, un premier voyage permet au jeune artiste de découvrir Paris, Versailles et Reims. Il réalise de nombreux croquis et prend de multiples notes qui retracent ses observations. C’est une habitude qui ne le quittera jamais : ses nombreux carnets de croquis serviront de source d’inspiration pour la création de ses figures en terre, marbre ou bronze.

De retour à Bruxelles, Victor Rousseau s’intègre à la vie artistique et fréquente Delville, Montald ou encore Meunier. Il remporte en 1890 le prix Godecharle avec Tourmente de la pensée lors du salon triennal de Bruxelles.  Il épouse la même année à Saint-Gilles, Françoise De Lœul qui restera la compagne calme et idéale aux côtés d’un artiste souvent tourmenté. Le chagrin de ne pouvoir être parents sera atténué par l’adoption de deux nièces Alice et Marie, filles du frère de Françoise.

La famille voyage alors en Angleterre, en France et en Italie pendant les années 1891, 1892 et 1893. En 1892, Jean Delville, Victor Rousseau et d’autres dissidents du cercle L’Essor créent à Bruxelles l’association d’artistes Pour l’Art qui a une vocation idéaliste. Victor Rousseau y expose successivement : Puberté, torse de jeune fille, L’Amour virginal, bas-relief qui figurera aussi au salon triennal de Bruxelles en 1893. D’après les dires du sculpteur, cette œuvre fut la première à attirer l’attention des artistes et des connaisseurs. On peut aussi citer les sculptures Cantique de l’amour, Orphée, Le Liseur, Déméter et des bronzes : Coupe des voluptésDanses antiques ; des candélabres destinés au Jardin botanique de Bruxelles, encore des statues : Le Jeu et Le Vent.

Victor Rousseau travaille sans relâche et participe à plus de soixante expositions entre 1890 et 1910. Il s’attache plus au caractère des attitudes qu’à celui des physionomies. Ses figures ont des gestes souples, des mouvements onduleux, d’un charme souvent inédit. Rousseau s’accroche au mouvement symboliste qui se poursuit vers un idéalisme plus réaliste. Sa création veut être diversifiée, profonde. Elle n’exprime pas un espoir, elle offre plus sobrement un instant de rêve et de compréhension.

Soucieux de la transmission de son art, il accepte le poste de professeur de sculpture d’après l’Antique à L’Académie de Bruxelles en 1905, puis devient professeur de sculpture d’après nature en 1910 à la suite de son maître Charles Van der Stappen. Il remporte le Grand Prix de sculpture à Rome en 1911. Trois ans plus tard, il rencontre Rodin à Roquebrune qui promet de venir à Bruxelles pour lui faire exécuter son buste. Malheureusement, l’invasion allemande le pousse à gagner Londres où il demeure durant cinq ans. Il prépare dans son atelier de Chelsea des projets de monuments. De retour à Bruxelles en 1919, il organise une première exposition personnelle qui se tiendra en 1920 à la Galerie Georges Giroux. Il réalise La Danse et La Sculpture la même année. S’ensuivent une autre exposition chez Giroux en 1925, puis Madrid en 1928 et les États-Unis en 1929.

En 1933, une grande rétrospective lui est consacrée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. On peut y découvrir 286 sculptures mais aussi 169 dessins et pastels qui célèbrent l’art du poète sculpteur. À cette époque, son art reste figuratif même s’il tend à simplifier ses formes en recouvrant ses figures de drapés rectilignes.

En 1938, Victor Rousseau 73 ans est toujours actif. Il revient d’un voyage en Sicile où il a surtout réalisé des pastels avant de rejoindre Genève puis Forest. Le nouvel hôtel communal reçoit en façade deux de ses figures : Sainte Alène et Le Droit communal.  Conscient des évènements qui secouent déjà l’Europe, il réalise Prière pour la Paix qui est l’œuvre majeure de cette année-là. Un exemplaire en bronze est aujourd’hui conservé dans les collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Cette œuvre répond à plusieurs thèmes de prédilection de l’artiste que sont : la beauté féminine, les âges de la vie, la communication spirituelle et la vie intérieure. Dans ce groupe, la communication entre les êtres s’exprime de façon ténue, par le frôlement des têtes et un profond recueillement qui les unit. Trouvant le monde contemporain « vulgaire et incohérent », Victor Rousseau se réfugie dans son monde intérieur et sculpte des formes auréolées de pensées pures ou empreintes d’émotions secrètes. 

La seconde guerre mondiale jette un voile de tristesse sur le sculpteur qui choisit de s’isoler dans sa maison de Forest à partir de 1940. Il continue cependant à travailler et surtout à écrire abondamment. Entre 1930 et 1954, Victor Rousseau écrit environ 300 essais, notes et poèmes.

Il célèbre ses 80 ans au sortir de la guerre par une exposition personnelle à la galerie Breughel avenue Louise à Bruxelles. Les œuvres des années 1950 sont empreintes d’une profonde mélancolie liée notamment à la disparition d’Alice en 1948. Une dernière exposition de 15 sculptures et 13 dessins choisis par l’artiste se tiendra de son vivant au consulat belge de Londres. En 1965, une rétrospective fut organisée à Mons pour le 100e anniversaire de sa naissance. Elle comprenait 41 marbres, plâtres, bronzes et ivoires, 25 terres, 57 dessins, aquarelles et pastels. 

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