Tokyo, Nihonbashi Takashimaya Gallery, "Hommage à Chagall", 1986
Réalisée vers 1963-1964, cette œuvre appartient à une période particulièrement féconde de la carrière de Marc Chagall, marquée par l'achèvement du plafond de l'Opéra Garnier à Paris et par un renouvellement de son intérêt pour les thèmes du cirque, du spectacle et de la musique. Le vocabulaire plastique de l'artiste atteint alors une remarquable liberté : le dessin, d'une spontanéité presque calligraphique, dialogue avec des aplats de gouache, de pastel et de crayons colorés dans une écriture où l'improvisation apparente masque une parfaite maîtrise.
Au centre de la composition, une jeune acrobate aux bras largement déployés soulève deux disques qui évoquent autant des agrès de cirque que des astres lumineux. Son corps, traité dans une dominante de rouges et d'oranges flamboyants, irradie l'ensemble de la feuille. Autour d'elle gravitent plusieurs figures esquissées : spectateurs installés dans les gradins, bouquet de fleurs, visage féminin et tête de cheval. Ces motifs, familiers de l'univers de Chagall, ne constituent pas un récit au sens traditionnel mais un réseau d'associations poétiques où le souvenir, le rêve et la réalité se confondent. Le cheval, symbole de liberté et d'élan vital, dialogue avec les fleurs, évocation récurrente de l'amour et de la célébration, tandis que la piste de cirque devient un espace suspendu entre le monde terrestre et l'imaginaire.
Le thème du cirque accompagne Chagall tout au long de son existence. Né des spectacles ambulants découverts dans son enfance à Vitebsk puis nourri par ses visites au Cirque Medrano à Paris, il devient pour lui une véritable métaphore de la condition humaine. Derrière l'apparente légèreté des acrobates et des clowns, l'artiste perçoit la fragilité de l'existence, l'équilibre précaire entre joie et mélancolie. Chagall écrivait lui-même que le cirque était « la représentation qui [lui] semble la plus tragique », tout en y voyant un lieu où la poésie permet de transcender le réel.
Par son exécution libre, son chromatisme incandescent et la puissance évocatrice de ses symboles, cette feuille illustre pleinement le langage plastique de Chagall dans les années 1960. Plus qu'une simple scène de spectacle, elle offre une vision profondément lyrique où l'acrobate semble s'élever au-dessus de la piste pour devenir une figure universelle de grâce, de liberté et d'espérance.
Atelier de l'artiste
Vente Londres, Christie's, 8 février 2007, lot 719
Collection particulière, Suisse
Vente Tokyo, Mainichi Auction, 7 novembre 2015, lot 324
L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par le Comité Marc Chagall