La Vittoria

La Vittoria
Masque en bronze sur base en marbre jaune de Sienne.
Titré en haut à droite sur la base : « LA VITTORIA »
Signé en bas à droite, sur la tranche de la base : « A. Wildt »
Circa 1918-19
Dimensions : 
31 x 12,5 x 36 cm
Exposition : 

Turin, Galleria Narciso, Wildt, 21 novembre – 22 décembre 1973, cat. n° 91.
Milan, Galleria Gian Ferrari, Il mestiere di scolpire per la mostra di Adolfo Wildt, octobre – décembre 1988.
Venise, Galleria d'Arte Moderna, Ca' Pesaro, Adolfo Wildt 1898-1931, 8 décembre 1989 – 4 mars 1990, cat. n° 23.
Brescia, Palazzo Martinengo, Da Boccioni a Sironi. Il mondo di Margherita Sarfatti, 13 juillet - 12 octobre 1997, cat. n° 44.
Brescia, Palazzo Martinengo, Adolfo Wildt e i suoi allievi, Fontana, Melotti, Broggini e gli altri, 23 janvier – 25 avril 2000, cat. n° 19.
Yokohama (Tokyo), Yokohama Museum of Art, La scultura del XX secolo, 21 avril – 10 juin 2001 (exposition itinérante à Kagoshima, Ibaraki, Sapporo, Shimane), cat. n° 3.
Milan, Palazzo Isimbardi, Spazio Oberdan, La seduzione della materia. Scultori italiani da Medardo Rosso alle generazioni recenti, 23 mars - 12 mai 2002.
Brescia, Galleria dell’Incisione, Scultura italiana 1915-1945. Dal fascino del Liberty al recupero della classicità, 19 mai - 20 juillet 2013.
Milan, Galleria d’Arte Moderna, Adolfo Wildt. L’ultimo simbolista, 29 novembre 2015 – 14 février 2016.

Description de l'oeuvre

Figurant un élégant masque de profil en bronze sur une base en marbre jaune de Sienne, la sculpture que nous présentons appartient à la période de pleine maturité d’Adolfo Wildt, et offre un saisissant exemple de l’originalité de son langage formel. Titrée dans le marbre en lettres majuscules en haut à droite, La Vittoria, l’œuvre s’inscrit dans un important travail sériel célébrant la fin de la Première Guerre mondiale, moment où la figure de la victoire acquiert en Europe une forte charge symbolique et morale. 

Lors de son exposition de la Galleria Pesaro en 1919, Wildt présente une imposante Vittoria en marbre (illustré ci-dessus) directement acquise par Giuseppe Chierichetti et Guido Rossi pour l'atrium de leur résidence, le Palazzo Berri-Meregalli, magnifique édifice de Giulio Ulisse Arata, où elle se trouve toujours aujourd'hui. Comme pour effleurer la poétique du futurisme italien, le sculpteur représente la Victoire telle une comète lancée dans le vide, laissant derrière elle une traînée d’étoiles.
Si le profil acéré de son visage semble sculpté par l’air qu’il fend, ses ailes sont dorées comme une mosaïque de Klimt, ornées de vagues et de cercles, et son marbre est poli comme de l’ivoire antique.

L’œuvre frappe par sa singularité et suscite l'enthousiasme de certains critiques, tels Anselmo Bucci, selon lequel l'œuvre était « si supérieure à la matière qu'elle nous la fait oublier, et si étrangère au temps et à l'espace qu'elle sera de tous les siècles et de tous les pays[1] », et Margherita Sarfatti : « Sa Victoire n'a pas de corps : elle est aussi rapide que la pensée, lancée en avant, simple impulsion, simple aile dressée : la proue d'un navire et le fuselage d'un avion[2] »

Dès 1918, conscient de la puissance symbolique de sa figure, Wildt prend le soin de réaliser plusieurs bas-reliefs reprenant le masque de profil en marbre (fig. 1) et en bronze. Ainsi isolé, le profil de la Victoire rappelle fortement l’une de ses sources d’inspiration, le Portrait de dame de Pollaiolo, conservé au musée Poldi Pezzoli de Milan (fig. 2). L’artiste en présente un exemplaire en marbre à la Biennale de Venise de 1922, puis à l'Exposition internationale des arts décoratifs de Paris en 1925 (fig. 3). 

Notre sculpture compte parmi les très rares moulages en bronze de ce sujet, montés sur marbre et réalisés à la même époque par l’artiste. Ce procédé consistant à « découper » et à présenter indépendamment un détail de l’une de ses œuvres n'est alors pas nouveau pour lui, il l’a déjà employé précédemment pour le masque mutilé de l'Idiot et pour les reliefs de la Vierge et des putti de la Nativité. La solution du bas-relief répond au besoin, intrinsèque à sa poétique, d'une vision radicalement épurée de l'image. Plutôt qu’une figure allégorique complète, le sculpteur concentre son propos sur le seul masque. Fixé sur la surface chaude et veinée du marbre jaune, le bronze à la patine sombre semble presque surgir du plan de la pierre, comme suspendu dans l’espace. Les volumes sont simplifiés et polis avec une précision extrêmement minutieuse : l’arête du nez, la courbe tendue du front et le modelé pur des joues composent une douce géométrie.

A l’instar des statues antiques, l’œil est creusé, dépourvu de pupilles, tandis que la bouche entrouverte suggère un souffle, une invocation ou un cri de triomphe. Cette tension expressive donne à la figure une dimension presque mystique, et transforme le thème traditionnel de la victoire en une vision plus intérieure et spirituelle. Dépouillée de tout attribut héroïque, la Vittoria devient ainsi un symbole universel, suspendu entre exaltation et méditation, et illustre pleinement la singularité du langage de Wildt, à la croisée du symbolisme fin-de-siècle et des recherches formelles de la sculpture moderne.

[1] Bucci, A., « Wildt », Il Secolo XX, Milan, avril 1919, p. 281.

[2] Sarfatti, M., « A. W. e l'esposizione alla Galleria Pesaro », Il Popolo d'Italia, Milan, 10 février 1919.

 

Provenance

Milan, collection particulière

Littérature

Pinottini, M. (dir.), cat. exp. Wildt (Turin, Galleria Narciso, 21 novembre – 22 décembre 1973), cat. n° 91, n. p.
Mola, P. (dir.), cat. exp. Il mestiere di scolpire Il mestiere di scolpire per la mostra di Adolfo Wildt (Milan, Galleria Gian Ferrari, octobre – décembre 1988), Milan, Franco Maria Ricci, 1988, p. 35-38.
M. D. B., « E il momento di Wildt », Epoca, n° 1987, Milan, 13 novembre 1988, p. 195.
Mola, P., Scheiwiller, V., « Wildt », F.M.R., Milan, 1988, p. 68, 152.
Mola, P., Scheiwiller, V. (dir.), cat. exp. Adolfo Wildt 1898-1931 (Venise, Galleria d'Arte Moderna Ca' Pesaro, 8 décembre 1989 – 4 mars 1990), Milan, Arnoldo Mondadori, 1989, cat. n° 23 p. 171, reproduit p. 66.
Mola, P., Paolini, C. (trad.), « Le Symboliste inconnu : Wildt, expressionniste lombard », FMR, vol. 6, n° 22, octobre 1989, p. 83, 91.
Pontiggia, E. (dir.), cat. exp. Da Boccioni a Sironi. Il mondo di Margherita Sarfatti (Brescia, Palazzo Martinengo, 13 juillet - 12 octobre 1997), Milan, Skira, 1997, cat. n° 44, reproduit p. 133 et 220.
Pontiggia, E. (dir.), cat. exp. Adolfo Wildt e i suoi allievi, Fontana, Melotti, Broggini e gli altri, (Brescia, Palazzo Martinengo, 23 janvier – 25 avril 2000), Milan, Skira, 2000, cat. n° 19, reproduit p. 71.
Imponente, A. (dir.), cat. exp. La scultura del XX secolo (Yokohama, Yokohama Museum of Art, 21 avril – 10 juin 2001, puis Kagoshima, Ibaraki, Sapporo, Shimane), cat. n° 3, p. 28-31.
Imponente, A. (dir.) cat. exp. La seduzione della materia. Scultori italiani da Medardo Rosso alle generazioni recenti (Milan, Palazzo Isimbardi, Spazio Oberdan, 23 mars - 12 mai 2002), Cinisello Balsamo, Silvana editoriale, 2002, p. 39-40, 157-158.

Œuvres disponibles

32 avenue Marceau
75008 Paris, France
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Le samedi de 14h à 19h
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