Le cabinet du numismate

Hugo Charlemont 
1850-1939

Le cabinet du numismate
Huile sur panneau signé en bas à gauche et daté 1882
Dimensions : 
60,3 x 45,6 cm
Dimensions avec cadre : 
73 x 58 cm

Description de l'oeuvre

Datée de 1882, l’huile sur panneau que nous présentons se rattache à la part plus intime de l’œuvre d’Hugo Charlemont. S’inscrivant dans la tradition de la nature morte érudite, elle révèle les ambitions techniques et intellectuelles du jeune artiste en nous faisant pénétrer dans le cabinet d’un numismate du XVIIème siècle.

La composition se déploie verticalement, organisée devant un meuble à médailles dont la porte entrouverte laisse apparaître une série de tiroirs compartimentés. Chaque surface, chaque tiroir, chaque pan de bois est constellé de monnaies anciennes soigneusement disposées. Au premier plan, une table recouverte d’un riche tissu bleu brodé accueille un foisonnement d’objets disposés pêle-mêle : les médailles et pièces d’argent aux effigies impériales s’agglutinent autour de récipients argentés, de manuscrits ouverts et de vieux papiers finement calligraphiés. La palette est dominée par des tonalités chaudes (bruns profonds, rouges laqués, ors assourdis) qui confèrent à l’ensemble une atmosphère feutrée, presque monastique. La lumière latérale, venant de la gauche, accroche les reliefs des monnaies et fait scintiller leurs profils comme pour suggérer un dialogue silencieux. Les reflets métalliques sont rendus avec une précision illusionniste, tandis que les étoffes brodées vibrent d’un éclat plus contenu. Charlemont excelle dans l’opposition des matières : le métal froid des pièces contraste avec la douceur du textile et la blancheur ivoirine du papier ancien.

Les diagonales formées par les feuilles manuscrites conduisent l’œil vers le centre du tableau, où trône une grande chope d’apparat de forme polygonale transformée en monture numismatique. Sertie du piètement au couvercle de médailles et de monnaies anciennes, tout comme le grand gobelet qui l’accompagne, elle prend des allures de trophée ou de hanap de la Renaissance. Cette utilisation singulière de pièces de monnaie pour la décoration d’objets en argent était fréquente chez les orfèvres du Brandebourg-Prusse dès le milieu du XVIIème siècle, et particulièrement prisée par ceux de Berlin et de Königsberg.

Aux pieds de cette précieuse chope figure un courrier décacheté sur lequel repose le couvercle du gobelet ainsi qu’une plume laissée incidemment, comme pour souligner l’érudition du propriétaire de ces trésors. Enfin, le peintre a pris le soin de déposer sur le partie droite de la table une élégante statuette en bronze patiné figurant une Diane chasseresse. La présence de cette petite sculpture ancienne, cherchant de sa main droite une flèche dans son carquois, introduit une discrète allégorie. En effet, dans ce cabinet, la déesse de la chasse semble inévitablement renvoyer à la quête incessante du numismate, car comme ce dernier traque la pièce rare, tout chasseur est à la poursuite de son gibier.

Œuvres disponibles

32 avenue Marceau
75008 Paris, France
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Le samedi de 14h à 19h
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