Le duo

Pascal Dagnan-Bouveret
1852-1929

Le duo
Huile sur toile signée, située et datée en bas vers la droite sur une partition 'P.A.J. Dagnan B - Paris 1883' 
Dimensions : 
115 x 88 cm
Dimensions avec cadre : 
145 x 118 cm
Exposition : 

Art Institute of Chicago, Works of P.A. Dagnan-Bouveret : A Loan Exhibition, 1-24 mars 1901, no. 8 (prêté par Thomas E. Waggaman)
Exposition "Tentations. L'appel des sens" au Musée Paul Dini, Villefranche du 16 Octobre 2016 au 14 février 2017
Exposition « La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé », Palais Galliera, Paris, 2026

Description de l'oeuvre

 La toile est signée «P.A.J. DAGNAN-B.»: le «J» ne prête pas à confusion avec un « S » comme sur les signatures plus tardives qui ont été lues «PAS» et considérées comme une abréviation de Pascal, ce qui n'était pourtant pas le prénom usuel de l’artiste. Nous avons peu de sources sur ce tableau qui a été peint en 1883, année où Dagnan-Bouveret n'a pas participé au Salon et n'était pas encore prolixe en termes de correspondance. Mais nous connaissons le contexte de sa réalisation.

Fin 1880, Dagnan-Bouveret et son ami le peintre Gustave Courtois ont loué un double atelier au premier étage du 147, avenue de Villiers, à proximité de la porte de Champerret, dans un immeuble à grandes verrières qui vient d'être construit. Dagnan-Bouveret a épousé fin 1879 une cousine de Courtois.

En villégiature estivale chez ses beaux-parents à Corre, en Haute-Saône, il peint des scènes de la vie comtoise. Il passe l'hiver dans la capitale et représente des scènes de la vie parisienne: Bouderie (1880), Au Louvre (ou Aquarelliste au Louvre, 1881, Saint-Pétersbourg, musée de l’Hermitage; ill. 1, p. 123), Jeune femme en rose avec son enfant (1882). C'est à cette série qu'appartient Le Duo, titre sous lequel le tableau est répertorié (The Duet) lors de la vente de la collection Seney à New York en 1885. Dans le catalogue des oeuvres établi en 1930 par les héritiers du peintre, il est référencé sous un titre générique: Musique.


Le début des années 1880 avenue de Villiers semble être une période d'effervescence et d'éclosion des talents, dans une atmosphère joyeuse et festive avec les autres artistes occupant l'immeuble, notamment le Finlandais Albert Edelfelt. À cette époque, ces peintres trentenaires, élèves de Jean-Léon Gérôme, ont l’habitude de poser les uns pour les autres afin d’éviter d’avoir à payer des modèles.
C'est ainsi que le pianiste peut être identifié: il s’agit du peintre bavarois Carl von Stetten. Son profil et sa coiffure sont identiques à ceux du héros du Martyre de saint Maurice (1886, église de Pusey, Haute-Saône), tableau pour lequel il a aussi posé de profil pour son compagnon, Gustave Courtois. Le modèle de la jeune femme est très vraisemblablement Antonia Bonjean, peintre qui expose au Salon et pose pour Edelfelt et son confrère finlandais Gunnar Berndtson (notamment dans Dame en noir avec des roses roses, 1879, coll. part.). Le violoniste est peut-être un autre jeune peintre: on le retrouve en 1884 en professeur de piano vivement intéressé par son élève dans un tableau d'Edelfelt, Au piano (1884, Göteborg, musée des Beaux-Arts).

Si la jeune femme porte une tenue historicisante qui pourrait laisser penser qu'elle est une cantatrice, son attitude la cantonne davantage à un rôle d'auditrice du duo. Sa robe à la française de style XVIIIe siècle, avec des plis plats et un jabot, est confectionnée dans un tissu façonné, doublé de satin rose.

La disposition des dentelles autour du cou et le long des devants, la jupe bouffante enrubannée désignent un modèle confectionné dans les années 1880 dans une étoffe au décor rocaille dont il est difficile de savoir s'i elle date du XVIIIe siècle ou si elle fut tissée dans le goût Louis XV à cette époque. Cette robe pourrait avoir été empruntée à un théâtre ou à la collection de costumes d’un peintre: ce n’est qu’à la fin des années 1890 que Dagnan-Bouveret fait appel à son ami très proche le couturier Jean-Philippe Worth pour habiller les « clientes » dont il brosse le portrait. 

     - Brice Leibundgut 

p.156, catalogue de l’exposition « la mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé », Palais Galliera, Paris, 2026. 

Provenance

Goupil & Cie, Paris, n° 16879 (acquis directement auprès de l'artiste, décembre 1883)
Knoedler & Cie, New York, no. 4555 (acquis auprès de l'artiste, janvier 1884)
George Ingraham Seney, Brooklyn, New York (acquis auprès de l'artiste ci-dessus en février 1884 et vendu lors de sa vente, American Art Association, New York, 31 mars 1885, lot 88)
Thomas E. Waggaman, Washington, D.C. (et vendu, American Art Association, New York, 25 janvier 1905, lot 80, illustré, comme A Duet in the Studio)
J. Schmitt (acquis lors de la vente ci-dessus)
Collection privée, France

Littérature

Authenticité confirmée par Dr. Gabriel P. Weisberg
"Artistic Costumes in the late Seney Collection", Demorest's Monthly Magazine, New York, juin 1885, p. 528.
L.E. Van Zandt, "The Waggaman Collection", The Art Interchange : An Illustrated Guide for Art Amateurs and Students, with Hints on Artistic Decoration, New York, juin 1894, vol. XXXII, no. 6, p. 160
"The Waggaman Art Galleries : A Rare Collection In Danger of Dispersion", The Booklovers Magazine, Philadelphie, novembre 1904, vol IV, no. 5, p. 618 (sous le titre A Duet in the Studio)
Catalogue de l'exposition « La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé », Palais Galliera, Paris, 2026 - illustré p.157

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