Kaplan Gallery, exposition consacrée à Achille Laugé en 1972
Fidèle à l’exploration obstinée du paysage qui caractérise toute sa maturité, Achille Laugé déploie dans la toile que nous présentons sa vision lumineuse et vibrante de la campagne audoise. Figurant un verger en fleurs, saisi dans la clarté d’un matin printanier, la composition est scandée par deux arbres au premier plan, dont les troncs élancés verticalement, légèrement violacés, structurent l’espace. Leurs ramures couvertes de fleurs blanches se détachent sur un ciel d’un bleu pur, parcouru d’infimes touches colorées.
À l’arrière-plan, d’autres arbres en fleurs prolongent le motif, créant une succession rythmique qui guide le regard vers la douce élévation du terrain à l’horizon.
Le chemin en bas à gauche partage le plan inférieur entre une succession de discrètes diagonales ombrées aux tonalités mauves et une prairie éclatante où dominent les verts francs et les jaunes lumineux.
A l’instar de Signac ou Pissarro, ces arrangements chromatiques traduisant moins un rendu naturaliste qu’une orchestration savante des couleurs. Laugé adopte ici une touche fragmentée et nerveuse directement héritée du néo-impressionnisme, mais assouplie par une sensibilité toute personnelle. Les fleurs ne sont pas décrites pétale à pétale, elles surgissent par une juxtaposition de petites touches épaisses, blanches et crème, rehaussées des nuances lilas et bleutées des branches et du ciel. De près, la surface apparaît vibrante, presque abstraite ; de loin, elle se fond en une vision cohérente et baignée de lumière. L’espace n’est pas construit par le dessin, mais par la modulation des tons et l’intensité des contrastes.
Dans cette œuvre, Laugé ne cherche ni l’anecdote ni la narration. Le jardin semble plutôt devenir le prétexte à une méditation sur la lumière méridionale et sur ce phénomène éphémère qu’est la floraison printanière. Tel un soleil, la blancheur des feuillages paraît irradier le paysage tout entier, comme pour célébrer silencieusement la saison nouvelle. Ainsi, par la rigueur de sa composition et son délicat agencement chromatique, Achille Laugé révèle la profonde poésie que revêt à ses yeux la nature de sa région natale.
Kaplan Gallery, Duke St. Londres
Collection particulière, Floride
Certificat d'authenticité établi par Madame Nicole Tamburini sous le numéro 534. L'œuvre sera insérée dans le catalogue raisonnée actuellement en préparation.