1902, Lyon, Société lyonnaise des Beaux-Arts (n° 639).
1910, Paris, Salon des indépendants (n° 4711).
1969, Paris, « Rétrospective du Salon de 1910 » , 80ème Salon des indépendants, n° 77.
1970, Paris, Esthètes et magiciens. Symbolistes des collections parisiennes, musée Galliera, n° 158
(repr.).
2015, Quimper, musée des Beaux-Arts et Valence, musée, Alexandre Séon 1855-1917. La beauté
idéale, n° 68 (repr.).
Influencé par l’école lyonnaise, élève d’Henri Lehmann à l’École des Beaux-Arts de Paris, puis disciple de Puvis de Chavannes et proche de Georges Seurat, l’art de Séon est le fruit d’une formation complexe propice à l’expérimentation. La primauté de la ligne et la question du symbolisme des couleurs nourrissent simultanément sa réflexion. Grand dessinateur, admirateur d’Ingres, mais fasciné par l’art mural, l’artiste utilise des supports et médiums parfois surprenants. Ainsi de cette œuvre semble-t-il unique dans son corpus. Séon choisit en effet une toile fine et non un papier pour y « dessiner » cette figure caractéristique de son imaginaire idéal dont la femme est le motif principal.
Si ce profil stylisé et éminemment graphique renvoie à d’autres oeuvres de l’artiste, dont plusieurs sanguines et certaines huiles importantes, en particulier La Pensée (collection particulière), l’option pour laquelle opte ici Séon révèle plusieurs de ses obsessions. Déréalisation, planéité et monumentalité décorative définissent ainsi la vision d’un peintre soucieux d’atteindre à l’idéal. L’utilisation de crayons de couleurs d’une gamme très restreinte (brun et bleu), d’un système de hachures extrêmement subtil et le fait de laisser en réserve la toile par endroit, attestent une volonté d’extrême simplification. En renonçant à la palette picturale, mais aussi à la monochromie du fusain ou de la sanguine, au profit d’un camaïeu bi-chromatique, Séon cherche à la fois, dans un paradoxe dont il est habituel, à se démarquer des effets de la peinture académique et impressionniste tout en cherchant un procédé qui frappe le spectateur.
Le personnage lui-même associe un hiératisme dû à la perfection du profil et à son immobilité, caractéristique des études de l’artiste sur les proportions du visage et du corps, et une sorte d’intimité juvénile : le modèle, dont les mains tiennent une partie des longs cheveux dénoués, est vêtu d’une robe plus proche des vêtements féminins de l’époque que des voiles ou tunique intemporels auxquels Séon a habituellement recours. Si l’on compare ce dessin à La Pensée, dont l’apparat symbolique est frappant, le contraste s’avèresaisissant. Même pose de profil, certes, mais tandis que l’huile, pourtant fortement colorée, atteint à une sorte de solidité marmoréenne, comme une sculpture polychrome, la Contemplation, pourtant si stylisée et graphique, dégage une humanité frémissante. L’oeuvre est pourtant complétement antiréaliste. Les nuances de brun sont réservées au personnage et à sa tenue, tandis que l’ensemble du fond, une sorte de parapet, le paysage avec ses prairies, ses bouquets d’arbres et ses reliefs, et évidemment le ciel, est entièrement constitué de bleu dont seules les hachures et les lignes délimitent les espaces. Cette schématisation rappelle l’art des nabis ou d’un Charles Filiger, par exemple. Mais la planéité et l’atténuation chromatique révèlent surtout l’héritage de Puvis de Chavannes et le modèle idéal que constitue le grand décor mural pour Séon.
Son choix d’une toile et d’une technique aussi singulière dans cette Contemplation n’est certainement pas étranger à l’esthétique de la « fresque », non pas dans sa pratique originale, puisque Puvis lui-même et la plupart des grands décorateurs de la fin du XIXe siècle ont utilisé la toile marouflée et non pas le travail a fresco, mais bien dans l’esprit de ce que doit être pour eux un décor monumental.
Pour Séon comme pour Puvis, il ne s’agit pas de trouer le mur par une vision perspectiviste mais de retrouver la signification par le symbole des artistes antérieurs à Alberti et à la Renaissance en général. Privé de commandes publiques après ses travaux à la Mairie de Courbevoie (1885-1889), Séon qui, pourtant, attendait des murs, reporte sur sa production de chevalet, y compris graphique, cet amour du plan et d’un art « décoratif » et symbolique dans la plus noble acception des termes.
Il est arrivé à Séon de pratiquer une bichromie planéiforme en peinture à quelques autres reprises, comme dans La Vierge à l’enfant d’assez grand format conservée au musée d’Orsay et provenant de la collection du professeur Bruno Foucart ; on y retrouve le paysage bleu et un parapet derrière le groupe sacré. Le motif cependant convenu de cette toile, dont il existe une réduction dans l’église de la ville natale de l’artiste, n’atteint pas à la subtilité et à l’originalité du dessin de la collection Flamand-Charbonnier.
Par son extraordinaire technique, tout comme par son caractère énigmatique, ce dessin apparaît bien comme une des oeuvres les plus réussies de Séon et comme une image emblématique du symbolisme idéaliste des années 1890-1900.
Notice écrite par Phd Jean-David Jumeau-Lafond
Resté dans l’atelier de l’artiste jusqu’à sa mort en 1917
Fleury Grosmollard (1874-1967), neveu, filleul et héritier de l’artiste
Collection Flamand-Charbonnier (Élie-Charles Flamand et Alexandra Charbonnier) : acquis à Fleury Grosmollard vers 1965 ;
Collection privée, France
Esthètes et magiciens, symbolistes des collections parisiennes, texte de Philippe Jullian, cat. exp.,
Paris, musée Galliera, 1970, n° 158 (repr.).
Henry Certigny, La vérité sur le Douanier Rousseau - Le conseil municipal Paris, Paris, La
Bibliothèque des Arts, 1971, p. 79 (repr.) et 127, note 27.
Jean-David Jumeau-Lafond, « Catalogue des oeuvres exposées », Alexandre Séon 1855-1917 La
beauté idéale, cat. exp., Quimper, musée des Beaux-Arts, Valence, musée, 2015, Silvana Editoriale, p.
206.
Certificat d'authenticité émis par Mr Jean-David Jumeau-Lafond le 10 février 2024