Portrait de la vicomtesse Gwladys Chaplin

Portrait de la vicomtesse Gwladys Chaplin
Huile sur carton
Signée et datée en bas à droite 'P.A. Laszlo 1915 June 14'
Dimensions : 
90,2 x 70,2 cm
Dimensions avec cadre : 
118,5 x 97,5 cm
Exposition : 

Londres, The French Gallery, Une série de portraits et d'études par Philip A. de László, M. V.O., juin 1924, n° 1
Londres, Richard Green Fine Paintings, Portraits britanniques et européens 1600-1930, juin 2013, n° 30

Description de l'oeuvre

Peint en juin 1915, alors que l’Europe est plongée dans les tourments de la guerre, notre portrait de Gwladys, vicomtesse Chaplin par Philip de László offre l’image suspendue d’une élégance aristocratique que rien ne semble pouvoir altérer. La jeune femme est représentée à mi-corps, de trois quarts, le visage tourné vers le spectateur, laissant son cou et ses épaules délicatement dégagés d’un voile diaphane aux reflets dorés.
Déployée avec virtuosité et économie de moyens, la matière picturale de l’artiste, souple et vibrante, confère à la composition une certaine grâce immatérielle. Les fonds brun-ambre, largement brossés, enveloppent la figure dans une atmosphère chaude et feutrée, tandis que les carnations lumineuses se détachent avec éclat. Sous la touche libre et enlevée qui anime les mèches rousses de la chevelure auburn, les yeux clairs, bien que regardant au loin, demeurent intensément présents en accrochant la lumière.

À cette spontanéité du geste répond la précision raffinée des détails : la boucle d’oreille scintillante et le bracelet de jade vert qui ajoute à la composition une note colorée assez audacieuse. Le collier de perles à demi dissimulé dans la main droite constitue quant à lui un détail narratif subtil : selon la tradition familiale, il aurait été prêté par l'artiste mais déplaisait au modèle. Ensemble, ils convinrent de ce délicat compromis. Enfin, par le voile translucide traité par larges effleurements de pinceau, László parvient à dissoudre partiellement la forme dans la lumière et rappelle combien, tout en héritier de la grande tradition du portrait d’apparat, il sut s’inscrire dans la modernité. Gwladys Chaplin est ici immortalisée par le peintre au sommet de son élégance juvénile et de son rayonnement social. Fille de Charles Henry Wilson, 1er baron Nunburnholme, et de son épouse, Florence Jane Helen Wellesley, elle avait épousé en 1905 Eric Chaplin (1877-1947), fils de Henry, 1er vicomte Chaplin, et de Lady Florence Leveson-Gower. Elle fit la rencontre de László par l’intermédiaire de sa belle-sœur, Edith, vicomtesse Castlereagh (devenue plus tard marquise de Londonderry), fervente mécène de l’artiste (fig. 1). Dans une lettre enthousiaste datée de novembre 1914, cette dernière encourageait László à peindre « cette charmante créature », exprimant l’espoir qu’« il sera possible pour elle [Gwladys] de figurer dans votre exposition[1] » La séance de pose eut effectivement lieu le 3 juin 1915, si l’on se fie au carnet de l’artiste. Bien qu'il n'ait été exposé qu'en 1924, près de dix ans après sa création, le portrait a bénéficié d'une place d'honneur (à l'instar de celui de sa belle-sœur) lors de la prestigieuse exposition personnelle de de László à la Galerie française de Pall Mall.

L’attitude de la vicomtesse, à la fois pudique et assurée, offre la parfaite synthèse entre distinction sociale et intériorité psychologique qui fait la singularité des portraits du peintre. Le port altier, la ligne élancée du profil, l’équilibre subtil entre réserve et séduction composent une image sans doute en partie idéalisée, mais jamais figée.
László ne se contente pas de flatter une physionomie, il capte un tempérament, une présence. Pour Robert de Montesquiou, lui-même peint par l’artiste en 1905, cela tient le plus souvent à l’étroite relation que ce dernier sut tisser avec ses modèles, au cours des séances de poses : « Il reçoit, pour son caractère chevaleresque, sa belle franchise, sa loyauté droite, et sa sympathique simplicité, il reçoit, dis-je, possède et garde le souvenir élu, ému, de ceux et de celles qui ont posé pour lui, depuis les Papes jusqu'aux Déesses, depuis les Rois jusqu’aux Muses, depuis les savants jusqu’aux poètes, depuis les guerriers jusqu'aux enfants[2]. »


[1] Lettre de la vicomtesse Castlereagh à László, en date du 25 novembre 1914 (De László Archive 061-0070).

[2] Montesquiou, Robert (de), « Un portraitiste lyrique : Philipp László », L’Art et les artistes, juin 1906, p. 102.

Provenance

Gwladys, vicomtesse Chaplin (1881-1971)
Par descendance du modèle
Vente anonyme, Christie's, Londres, 7 juin 2007, lot 68
Chez Richard Green, Londres
Collection particulière, acquis auprès du précédent le 14 mai 2014

Littérature

De László Archive 061-0070, Lettre de la vicomtesse Castlereagh, 25 November 1914 ; National Portrait Gallery Album, 1913-1915, p. 92 ; Sitters' Book I, f. 104: "Gwladys Chaplin June 3rd 1915".
Hart-Davis, Duff, Corbeau-Parsons, Caroline, De László: His Life and Art, Yale University Press, 2010, p. 135.
Morris, Susan, and Boyd, Rachel, British and European Portraiture 1600-1930 (Exhibition Catalogue), Richard Green, London, 2013, p. 114-117, reproduit p. 115 et 117 (détail).
Morris, Susan, and Hall, Rachel Boyd, A Flair for Fashion : Society Portraits 1888-1944 (Exhibition Catalogue), Richard Green, London, 2017, reproduit p. 2.

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