Paris, École Nationale des Beaux-Arts, Eugène Delacroix, 1885, cat. n° 115 : « Arabe syrien et son cheval au piquet ».
Paris, Musée du Louvre, Eugène Delacroix, juin – juillet 1930, cat. n° 204A : « Cheval persan tirant au renard ».
Paris, Petit Palais, Gros et ses amis, ses élèves, 1936, p. 156, cat. n° 238 : « Cheval persan tirant au renard ».
La remarquable huile sur toile que nous présentons compte parmi les premières variations orientalistes d’Eugène Delacroix, exécutée vers 1825 au moment du voyage que l’artiste entreprend en Angleterre, soit plusieurs années avant son séjour décisif au Maroc.
Dans cette composition dense et nerveuse, l’artiste place au centre un cheval sombre attaché au piquet, saisi dans un violent mouvement de recul, comme s’il cherchait à se dégager de son entrave. L’encolure se tend, la crinière s’ébouriffe, l’œil s’anime d’une lueur inquiète : en quelques coups de brosse rapides, Delacroix parvient à restituer toute l’énergie convulsive de l’animal. À gauche, le personnage en pied, impassible et presque hiératique, observe la scène avec calme, accentuant par contraste la fougue du pur-sang.
Longtemps décrite dans les catalogues comme représentant un Arabe ou un cavalier turc, la scène apparaît aujourd’hui sous un jour plus précis : la figure debout à gauche serait en réalité celle d’un Indien, dont les armes, la lance, le bouclier et l’épée semblent directement inspirés des objets admirés par Delacroix dans la célèbre collection de Samuel Rush Meyrick à Cadogan Place, qu’il visite le 9 juillet 1825 et qu’il évoquera plus tard comme « la plus belle collection d’armures qui ait peut-être existé[1] ».
Au sol, la selle abandonnée, probablement de type marathe, ainsi que les accessoires orientaux, introduisent une subtile note de pittoresque savamment étudiée. Elle ne détourne toutefois pas l’attention du véritable sujet, d’essence pleinement romantique : la tension dramatique entre la contrainte et l’élan. Le ciel bas, les tonalités sourdes du paysage et la pâte vibrante, parfois presque heurtée, donnent à l’ensemble une atmosphère orageuse et instable, où l’étude échappe à toute dimension ethnographique pour privilégier une vision passionnée.
Probablement inspiré par l’un des chevaux du maquignon Adam Elmore, proche de Delacroix et de Géricault durant leur séjour anglais, ce tableau révèle déjà l’un des dons majeurs du peintre, à savoir sa capacité singulière à unir l’observation du réel, le goût de l’exotisme et une intensité expressive qui fait du cheval non un simple motif, mais l’âme vivante, brulante et tragique de la composition.
La provenance de l’œuvre ajoute encore à son intérêt historique. Elle apparaît très tôt dans le cercle artistique proche de Delacroix, ayant appartenu à Hippolyte Poterlet avant d’être acquise par le peintre paysagiste Paul Huet. Après être passée dans la collection d’Amable-Paul Coutan, elle réapparaît lors de sa vente parisienne du 19 avril 1830, où Huet la rachète, témoignant de l’estime durable qu’il portait à l’œuvre de son ami.
C’est alors que Le pur-sang arabe est au sein de cette collection connue des peintres que Félix Bracquemond a pu en réaliser une importante gravure en 1857 (fig. 1), qui contribue à sa popularité. Restée dans la descendance Huet jusqu’en 2001, l’œuvre intègre ensuite la prestigieuse collection de l’acteur Alain Delon, dont l’œil passionné pour la peinture du XIXᵉ siècle confirme le caractère remarquable.
[1] Lettre de Delacroix à Théophile Thoré, en date du 30 novembre 1861, in Burty, P., Lettres de Eugène Delacroix (1815-1863), Paris, A. Quantin, 1878, p. 344.
Hyppolyte Poterlet (1803-1835).
Paul Huet (1803-1869), acquis auprès du précédent pour 90 francs.
Amable-Paul Coutan (1792–1837) ; sa vente Paris, 19 avril 1830, lot 30 : « Cheval attaché à un poteau ; derrière lui est un guerrier arabe qui regarde les mouvements qu'il fait pour se détacher ».
Paul Huet (1803-1869), acquis lors de cette dernière vente pour 110 francs.
Puis par descendance à son fils René Paul Huet (1844-1928) ; par descendance à son gendre Maurice-Perret-Carnot (1892-1977) en 1928.
Collection particulière, Paris.
Vente anonyme, Paris, Gros et Delettrez, 17 décembre 2001, lot 166.
Alain Delon (1935-2024).
Probablement Sylvestre, T., Histoire des artistes vivants français et étrangers, études d'après nature, Paris, 1855, p. 80 : « Cheval avec un Indien (Angleterre) ».
Robaut, Alfred, L’œuvre complet d’Eugène Delacroix, Paris, Charavay frères éditeurs, 1885, p. 162-163, cat. n° 610, reproduit (dessin par Robaut).
Huet, R. P. Paul Huet, Paris, 1911, reproduit p. 26.
Joubin, A., Correspondance générale d'Eugène Delacroix, Paris, 1935-1938, vol. III, n° 11 p. 374.Johnson, L., The paintings of Eugène Delacroix. A Critical Catalogue. 1816-1831, 1981, Oxford, vol. I, p. 27, cat. n° 37, vol. II, pl. 32.
Certificat d'authenticité, délivré par le Comité Eugène Delacroix